samedi 28 janvier 2017

La nouvelle administration américaine face au crime organisé en Haïti


LA NOUVELLE ADMINISTRATION AMÉRICAINE FACE AU CRIME ORGANISÉ EN HAÏTI

Et si Guy Philippe a mouchardé ?

... Il faut s’attendre à une vague d’expulsions…


En dépit du gros tollé suscité en Haïti et à l’étranger (surtout à Miami, en Floride) par l’arrestation du sénateur élu Guy Philippe par la Brigade de lutte contre les stupéfiants (BLTS) puis livré aux autorités judiciaires américaines, des douzaines de citoyens haïtiens avaient déjà connu le même sort. La différence, cette fois, vient du fait qu‘il est possible que ce dernier cas puisse déclencher une vague d’expulsions vers les États-Unis de personnes recherchées par la justice américaine se trouvant sur une longue liste dressée depuis plusieurs années. À la lumière des derniers événements, il y a lieu de croire que la donne a changé et que les autorités américaines semblent trouver une heureuse occasion pour effectuer des arrestations longtemps en souffrance.

En effet, au cours de cette semaine, les autorités américaines ont réalisé un violent coup de balai en République dominicaine où des dizaines de hauts fonctionnaires de ce pays assimilés aux activités illicites et à la corruption ont vu leurs visas d’entrée en territoire américain révoqués. Dans les milieux proches des services diplomatiques, à Washington, on laisse croire que les mêmes mesures seront prochainement appliquées en Haïti.

Le dossier Guy Philippe avance plus rapidement qu’on pensait


Selon l’avis de plusieurs observateurs, le dossier Guy Philippe avance plus rapidement qu’on pensait. Car les dernières décisions prises semblent indiquer que la défense et l’accusation seraient parvenues à une entente qui rend possible la tenue du procès dans deux ou trois semaines, au lieu de trois à quatre mois qui avaient été préalablement envisagés. Il semble que cette idée ait été annoncée par une avocate de la défense de Guy Philippe, qui aurait aussi informé que l’accusé avait « plaidé coupable » lors de sa dernière comparution au tribunal, le vendredi 13 janvier dernier.

Des observateurs évoluant dans le monde juridique américain ont fait savoir que, suite à des communications bilatérales entre l’équipe de la défense et l’accusation, il aurait été décidé que la communication des pièces devrait avoir lieu le 14 février et le procès le 21 du même mois. Selon ces mêmes sources, une telle décision s’explique du fait qu’il y a eu dialogue entre les deux parties, et qu’une entente a été trouvée suite à des concessions satisfaisantes que le procureur en chef a arraché à la défense. Pour ces observateurs, cela signifie que, satisfait des aveux faits par l’accusé, qui sont de nature à favoriser d’autres dossiers en souffrance et qui ne pouvaient être bouclés fautes de « preuves corroborantes » et admissibles en audience devant un juge fédéral. À en croire ces mêmes observateurs, il y a fort à parier que Philippe aurait mis les autorités juridiques fédérales sur de bonnes pistes qui aboutiront, à coup sûr, à des condamnations.


L’idée d’un procès rapide évoqué, dans le cas de Guy Philippe, autorise à croire que ce dernier pourrait bénéficier d’un soulagement de sa sentence. Ce qui entraîne la possibilité que d’autres personnes vont « tomber » dans les filets de la justice U.S. Le fait d’avancer la date du procès suggère que le procureur compte finir rapidement avec celui-ci afin de passer à d’autres.

Dans la mesure où le trafic de drogue est un crime transnational, on ne devrait pas exclure la possibilité que Guy Philippe fasse aussi des révélations concernant des « partenaires étrangers ». Mais ces observateurs pensent que les interrogateurs fédéraux chargés de le « cuisiner » ne manqueront pas d’orienter leur interrogation sur les personnalités les plus importantes du pays soupçonnées de participer au commerce illicite de cocaïne ou à d’autres substances du même genre que les Cartel de la drogue basés en Colombie font transiter par Haïti, en particulier, et sur toute l’île, en général.

Ces observateurs ont encore précisé que, dansle cadre de l’interrogation de Philippe, les agents fédéraux ne s’arrêtent pas aux activités liées au trafic de stupéfiants. Mais, dans la mesure où toute personne engagée dans un commerce illicite est susceptible d’avoir des collaborateurs ou des antennes dans d’autres entreprises illégales, les agents ne négligent jamais de recueillir des informations concernant d’autres personnes engagées dans d’autres activités. Par exemple, les accusés en détention sont généralement encouragés à révéler les secrets qu’ils ont concernant des hommes d’affaires, des dirigeants politiques ou des individus réputés d’évoluer dans le monde interlope, ou d’avoir des relations avec des trafiquants de drogue connus.

Des informations sur le réseau des trafiquants

D’une manière générale, des accusés de l’acabit de Guy Philippe est capable de faire avancer les enquêtes en cours sur d’autres personnes dont ils ne peuvent boucler les dossiers, car manquant de données pertinentes, des témoins sûrs ou des collaborateurs exploités sans vergogne cherchant une occasion de se venger. Voilà une source inépuisable d’informations qui pourraient aider à déboucher sur des cas extrêmement intéressants.

D’autre part, des agents fédéraux, qui ont été déployés en Haïti, dont certains au cours de ces derniers jours, se déclarent « aux anges » avec l’arrestation du sénateur élu. Puisque, ont-ils déclaré, il va certainement faire des révélations concernant des personnes qui ont été arrêtées, puis interrogées sans donner des résultats qui pourraient aider à « opérer des arrestations », sinon à aboutir à des inculpations. Par exemple, des agents fédéraux se plaignent du fait que la justice fédérale, qui est à la remorque du système judiciaire haïtien, n’a pas les coudées franches pour mener à bien les enquêtes, faute de vraies collaborations de la part des Haïtiens. Ce qui frustre les efforts déployés en Haïti en vue de contrecarrer les dealers de stupéfiants. Les agents citent en exemple le bateau panaméen qui avait transporté une cargaison de sucre en Haïti, en provenance de la Colombie. Parmi les hommes d’affaires ayant contribué à l’importation de ces 600 tonnes de sucre avec quelque 16 donnes de cocaïne, d’héroïne et de marihuana dissimulés parmi les sacs et à l’intérieur des murs du vaisseau, seul Marc Antoine Acra a été inculpé, suite à une enquête qui s’est étirée sur presque deux ans. Finalement Acra s’est enfui du pays pour se réfugier en République dominicaine.

Les agents ont fait remarquer que plus d’une douzaine d’hommes d’affaires haïtiens ainsi que des dirigeants politiques haut placés, de même que des membres du Parlement haïtien sont sur la liste sans qu’on puisse les inculper, faute de preuves.

Mais, pensent-ils, le moment est propice maintenant, et les autorités américaines vont tout entreprendre pour boucler les enquêtes en cours depuis trop longtemps.


Plus d’une trentaine d’enquêtes ont été ouvertes sur des hommes d’affaires, des personnalités politiques et d’autres individus en Haïti, au cours des six dernières années. La nouvelle administration américaine semble disposée à trouver une nouvelle forme de collaboration qui permettra de faire le suivi des dossiers en souffrance sur le crime organisé, un phénomène qui constitue une horreur et un danger pour la sécurité des États-Unis et de ses alliés de la region.

H.O.

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