mercredi 14 mars 2018

Regard de la Fenêtre Et si la démocratie échouait en Haiti?

Haïti.- Analyse politique


Regard de la Fenêtre
Et si la démocratie échouait en Haiti?

Par Michelle Mevs
@femmedoubout

Texte publié Haiti observateur du 14 Mars 2018

“Il faut savoir que Le temps modifie l'espace... ”

L'échec du régime PHTK du président Jovenel Moïse fera-t-il vaciller la “democratie” en Haïti? Dans quel sens pencherait le système ?




“Démocratie” me donneras-tu du pain? 

Le prolétariat devenu precaria qui a voté démocratiquement avec pour résultat la victoire électorale du régime PHTK de Michel Martelly et celui de l´actuel président Jovenel Moïse fait dans la rancoeur car ces élus ne lui ont offert que l'incertitude au lieu de pain, voir autre chose. La lumière, l'eau courante et l'éducation pour la progéniture, même si elle étaient offertes, ce qui n´est pas le cas, ne serait aucunement à portée de la bourse. La masse en a conscience car elles n'est pas “égarés” comme les dirigeants du pays le croient.

Reprenons ici un paragraph du texte d´un expert du journal l'Humanité traitant de démocratie: “...Selon la définition d'universalis, la démocratie est une forme d’organisation politique traditionnellement définie comme le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » (Abraham Lincoln) et dont « la spécificité est que les gouvernés sont censés être en même temps des gouvernants, associés aux principales décisions engageant la vie de la cité ». Le peuple étant « à la fois sujet et souverain », les « systèmes démocratiques sont supposés agir dans l’intérêt du peuple »”.

A continuation et dans la conjoncture actuelle en Haïti, on pourrait penser que la lutte contre la dictature des année 8o pour atteindre la démocratie n'aurait servi à rien. La Constitution, pour assurer des jours de liberté citoyennes et le bien-être pour tous, ne serait que du papier toilette. Et les élus politiques de toute provenance - favorisés par le principe de décentralisation- ne seraient tous que des voleurs de grand chemin, drug-dealers, magouilleurs et corrompus récidivistes. Telle est le blasphème pour perte de confiance qu'exprime la majorité: Il n'est que de suivre les nombreux commentaires des fans à la suite des multiples émissions -Youtube et fb live- quand de fameux analystes haïtiens mènent le débat quotidiennement sur la situation d'Haïti de même que les séances parlementaires en direct sur la plate-forme Tripotay Lakay. Des réflexions entachées de profond dégoût et parsemées d'injures obscènes sont lancées à l'encontre des décideurs du pays qu'il soient président, vice-président ou parlementaires et fonctionnaires de l'administration publique : “bluffeurs, “voleurs, “ordures”, “corrompus”, et pires insultes encore que je m´abstiens de rapporter ici. L´espace de débats pour participation citoyenne se transforme alors en marché aux invectives ou la frustration s'adonne au défoulement populaire ou la moquerie offensante soulage le sentiment d'avoir été abusée. L'opinion majoritaire des citoyens -locaux ou diaspora- quand aux personnages de la sphère politique est sombre et disons-le honteuse pour tous.

La révolution technologique rassemble sur un même forum qu´il soit fb ou whatsapp etc... des millions d´afro-haïtiens (terme pris dans le sens de communauté rassembleuse), lesquels s'intéressent émotionnellement au devenir de leur pays natal: Haïti. En conclusion: Le numérique restructure l'espace de l'opposition ou le pouvoir est constamment et sévèrement questionné par toute classes sociales confondues.

Le gouvernement peut-il vaciller à tout moment?


Quand les quelques gourdes de salaire sans valeur effective n'arrivent pas à nourrir la famille de ceux qui pourtant sont disposés à travailler fort et dur pour gagner leur subsistance; et dans une telle conjoncture, il est impératif de questionner: Que devient la directive démocratique qui en Haïti est une référence constante, un bréviaire-sous-le-bras; mais dont l'objectif final reste assujetti à la performance d'un gouvernement? Tout espoir de bonne-gouvernance est en train de tarir. Et pourtant, seule l'adhésion citoyenne au principe démocratique sauve actuellement le régime PHTK d'un basculement. Bien entendu, les leviers de -changement de régime- que sont -la force militaire et la menace populaire.- deviendraient obligatoires et parti-prenante d'un tel plan de renvoi du gouvernement... Une action pareille risquerait éventuellement d´empaler l´ordre démocratique. Forces armées et menace populaire? Nous l´expliquerons à continuation dans le texte.

Quelques facteurs qui pourraient déboulonner le système démocratique en Haïti


“Il n’y a pas si longtemps, les experts estimaient que là où elle était conquise et installée, la démocratie ne risquait plus d’être défiée. Pour être renversée, comme elle l’a été dans plusieurs pays d’Europe dans les années 1930, il fallait la conjonction de deux facteurs : faiblesse des traditions démocratiques locales et ruine des classes moyennes par le chômage ou l’inflation”. (Source France Culture).

A partir d'un tel concept, serait- il possible de craindre pour Haïti? c'est-à-dire que les divers facteurs énoncés a continuation auront-ils raison de la democratie en Haiti? Le chômage, l'inflation, la ruine économique des secteurs clé de production et la lassitude provoqués par les scandals à répétition; mais encore, les incendies des marchés populaires, les grèves, les magouille en justice, l'insécurité tels que crimes des rues et L'impunité mais par-dessus tout le rejet inconditionnel des normes établies, conséquence de perte de confiance généralisée. D'autant plus que La situation révèle comme nous l´avons dit que Le mécontentement des citoyens face à l'échec PHTK est ample et patent. La défiance de l'opinion publique évidente et grandissante.

De plus, que répondre à l'analyse suivante?

“Les théoriciens de la démocratie consolidée avaient ... chiffré, dans les années 1980, le niveau de revenu à partir duquel ce régime cessait d’être menacé. Adam Przeworski et Fernando Limongi avaient estimé qu’à partir de 6 000 dollars de PIB par habitant et par an, la démocratie était jugée.” « consolidée ». Seuls, des ventres vides, pensait-on, pouvait juger préférable de sacrifier la liberté à la sécurité alimentaire!. (Source France culture).

Un autre facteur qui renforce la méfiance de la société -toute classe sociale confondue- se rapporte à l'opacité qui entoure les décisions en haut-lieux et la limite à l'accès à l'information (celle qui est primordiale), celle de l'Etat Haïtien, les tractations véritables. L´information demeure à ce jour inaccessible aux membres de la presse les plus importants du pays. Comme on sait que la majorité des haïtiens, et particulièrement les masse des classes défavorisées, s'alimentent de nouvelles et analyses qu'offre la presse radiophonique et journalistique laquelle est privée du libre accès à l'information (celle qui engage la république, et compte): Il semblerait flagrant que la volonté des dirigeants de l´espace démocratique n´est pas de se soumettent pas aux codes du jeu démocratique quoi qu'ils en voudraient laisser paraître. Pour preuve le sort fait au scandal PetroCaribe.

Et Pour parer à la critique faite aux gouvernants,ceux-ci se saisissent du model fake-news de la presse internationale ou font utilisation des faux-argument dans un style tout à fait local. Préférant lors de débats avancer des comparaisons tortueuses comme pour dire: Oui cela ne va pas mais regardez le désastre qui se produit ailleurs. Cela pourrait aller “plus” mal et donc, réjouissez vous. Autre artifice: faire diversion pour manipuler la concentration du citoyen.

Exemple concret de manque de transparence: Pour éviter de perdre complètement la face, le gouvernement haïtien a jugé bon de faire utilisation du “soft power” pour influencer Washington. Par l'entremise de l'Ambassade d'Haïti à Paris elle emploie une firme de relation publique américaine de renom la “Mercury “ afin de laver l'image d'Haïti au Etats-Unis. (source The Hill du 7 Mars 2018). Il ne s'agit point de lobbying précise l'article mais que Mercury fasse de la communication avec Washington (public relation). La dépense aura-t-elle un résultat positif rentable car on ne peut jamais réussir à promotionner des positionnements quelconques. On ne peut sauver une image-fatras et se trouver des relations internationales favorables sans préparation et substance; par simple coups de com dans une capitale telle que Washington en plein ouragan Trump.

En même temps, un mini-scandal se rattache à l´affaire, il s'agit dúne une somme de $10 000 dollars américains versés par l´Etat Haitiens et sans justification précise alors que le montant total du contrat Etat-Haïtien Mercury n´est pas divulgué à la presse haïtienne, le document contractuel non plus.

Un Coup d´état ou de force est-il improbable ? 

Aujourd´hui en Haiti la mémoire collective emmagasine essentiellement deux types de coups d'état : Celle orchestré par l'armée d'une part, et la forme populaire dit déchoukage, d´autrepart. On le sait, il n'y a pas de coup d'etat -sans force ou menace- qui le sous tend, que cette dernière soit militaire ou populaire ou une imbrication spontanée ou programmée de ces deux éléments. 

En dépit du fait que le pouvoir présidentiel ne réponde pas aux attententes de la classe moyenne et du prolétariat, il est logique de penser qu'un coup d'etat militaire n'aura pas lieux car l'armée ébranlée est aujourd´hui seulement en état de résurgence sur le territoire d'Haïti. 

Le danger pour le gouvernement viendrait donc plutôt de mobilisations orchestrées par les têtes pensantes de la classe moyenne fortement progressiste et sous influence politico-culturelle de la diaspora haïtienne. Or ce secteur a récemment perdu sa force de pression par l'épuisement de certains leader ou la division des chefs de partis. La rue a retentie des pas des marcheurs lesquels furent objets de violence policière contre-productives. Nombreuses manifestations sans résultats concrets. Quand à la puissante classe d'argent locale qui s'inquiète pour sa survie comme pour ses possessions, elle jongle et pacte encore avec la présidence sur des dossiers brûlants. s'agglutine la jeune génération de l'intelligentsia classe moyenne -à l'affût de changement. Or la machine de contre-pouvoir est vivante et volontaire et pourtant, elle peine à suggérer un modèle alternatif...qui inspirerait les haïtiens tout en les portant à faire mieux.

Un autre modèle politique se mettrait-il en place?

Nous somme en démocratie libérale, mais peut-on dire qu´ un changement due à la pression politique intérieure appellerait forcément à un autre système, lequel? Il serait bon d'y réfléchir et de décider pour de bon. Si la dictature est de fait considérée comme une barbarie la démocratie boiteuse ne saurait être la solution. Entretemps une réforme constitutionnelle est en cours d'étude, espérons qu'elle sera à la hauteur des circonstances. Et puis, motiver l'action citoyenne pour qu'elle arrive à obtienir des décisions concertée aiderait, c´est certain!

Réfléchir sur un nouveau model?

En Démocratie il existe des variantes. Observons ce qu'en dit la presse: “Ce sont, d’une part, les régimes autoritaires fondés sur une tradition, imposée au nom d’une authenticité culturelle, comme les théocraties islamistes; ce serait peut-être la situation d'Haïti faisant la promotion de son nationalisme indépendantiste. D´autrepart, ceux qui promettent de garantir la stabilité et l’élévation rapide du niveau de vie en échange du sacrifice des libertés. C’est la Chine.” En revanche il est certain qu'un pays sans démocratie donnera libre-court à l'au totalitarisme ou au fascisme. Rien de bon. 

On a la nette impression que confortable dans son rôle de Président de la République Jovenel Moïse se contenterait de faire de la democratie à la Orban. Celui-ci accepte la tenue d’élections libres, mais estime pouvoir se passer des principes libéraux comme la séparation des pouvoirs.

Il est difficile de faire des prévisions dans la conjoncture actuelle, essayons néanmoins d'anticiper tout danger d'éclatement due aux multiples facteurs politiques, économiques, socioculturels en cours.

Faire de la politique c'est connaître son électorat et donc ceux qui votent. En Haïti ceux qui votent sont dans la masse et aspirent au pain et à une vie digne et puis au progrès. Dans un article sur le Monde Diplomatique du mois de Mars 2018 par Razmig Keucheyan, ce dernier évoque ce qu'il dénomme un “ front culturel” (bloc social). Nous reprenons dans le texte ce qui suit: “La notion d´ “hégémonie culturelle” ne désigne pas la péroraison incessantes d'intellectuels ou de dirigeants contestataire dans les médias dominants, mais la capacité d'un parti à forger et à diriger un --bloc social élargi-- en éveillant la conscience de classe. Notons que ce panorama semblerait être au plus proche de notre situation locale.

Si la tendance mondiale est à l´érosion constante au fil des années du « sentiment démocratique »; notre pays Haïti, pour des raison endogènes, suivrait la tendance quand une forte proportion de notre population n'accorde plus de crédit au scrutin et refuse d´ pas aller voter. Les politologues internationaux pensent expliquer ce désinvestissement partisan au train de compensation qu´offre “des formes de participation politiques différentes, dans les mouvements sociaux et associatifs.” toutefois, ceci n'est pas entièrement vrai.

Roberto Foa et Yascha Mounk écrivaient: “En 1992, Francis Fukuyama croyait pouvoir annoncer « la fin de l’histoire » : la démocratie et le libéralisme avaient triomphé de tous leurs ennemis – aristocratie et théocratie, fascisme et communisme. C’était la formule définitive enfin trouvée. Et pourtant...on en a jamais fini avec la gestion des humains et leurs aspirations. C'est pour cela qu'on dit que la démocratie est un bien acquis mais toujours à acquérir.

En Haïti, un changement de gouvernement est toujours possible, mais est-il souhaitable? Schons qu'une telle décision pourrait impliquer l'abandon de la democratie pour se jeter dans une alternative non encore élucidée...Et laquelle?

Alors, on en est encore à se poser la question du: “Eh oui”! Et après?” Mais également on se doit de questionner: “Existent-ils des “alternative s crédibles à la démocratie libérale et pluraliste, au libre marché des offres politiques?” telle que nous la connaissons et la percevons au pays?…

Puisqu'il faut savoir que Le temps modifie l'espace politique, nous devons être forcément être particulièrement attentifs à toute mouvance et à toute nouvelle offre des politologues et spécialistes de la question démocratique.

M.M.